Yakafokon : “Il faut arrêter de manger de la viande pour sauver la planète”

Camille Poutrin consultante GreenFlex

Camille Poutrin
Cheffe de projet, GreenFlex
Benjamin Voirin, consultant GreenFlex

Benjamin Voirin
Consultant senior, GreenFlex

“Pour sauver la planète, il n’y a qu’à… Il faut… Les entreprises doivent…” Ces injonctions vous sont familières ? Dans la série “Yakafokon“, GreenFlex démêle le vrai du faux dans les grands poncifs censés guidés le monde de demain, afin d’aider les acteurs économiques à changer concrètement et efficacement de trajectoire.  

L’impact environnemental de la consommation de viande* est incontestable, et sa réduction, urgente. Pourtant, certains modèles d’exploitation offrent également de nombreuses externalités positives. Si on ne peut espérer une suppression totale de l’élevage à très court-terme, la filière agroalimentaire doit être motrice pour généraliser ces pratiques vertueuses.  

La viande, un poids-lourd pour l’environnement 

L’impact environnemental de la consommation de viande est incontestable, à commencer par son rôle aggravant pour le réchauffement climatique. Le régime carné majoritaire en Europe présente en effet un bilan carbone bien plus élevé que des régimes végétarien et végan. A cela s’ajoutent des dépenses colossales en eau et en énergie, de nombreuses pollutions entraînées par les effluents, et une tension forte sur les ressources naturelles. Aujourd’hui, la majorité des élevages français utilise par exemple du soja provenant d’Amérique du Sud en complément protéique, participant à la déforestation et/ou au non-respect des droits humains dans ces régions. 

A juste titre, ces conséquences négatives de l’élevage sur l’environnement et l’être humain sont désormais largement relayées, rendant la réduction de notre consommation de viande de plus en plus pressante. 

Des externalités positives à généraliser 

Pour autant, toutes les pratiques d’élevage ne se valent pas, et certaines, notamment sur un modèle extensif, s’avèrent plus vertueuses tant pour les Hommes que pour l’environnement. En assurant le développement des pâturages, les élevages contribuent, par exemple, à la préservation de la biodiversité, ainsi qu’au stockage du carbone. Ce type de pratiques participe également au maintien du paysage agricole, limitant l’urbanisation et préservant certains espaces difficilement valorisés autrement, comme les plateaux montagneux. 

Les exploitations deviennent productrices d’énergie verte, grâce à l’installation de panneaux photovoltaïques, mais surtout à la valorisation des déjections animales par voie de méthanisation. Ces dernières peuvent aussi être utilisées dans le cadre d’une fertilisation raisonnée des sols, afin de réduire le recours aux engrais et pesticides de synthèse. 

Il semble irréaliste de supprimer totalement l’élevage en France à très court-terme, à moins de voir nos étals inondés de produits étrangers aux pratiques non maîtrisées et moins durables, et de mettre en péril un secteur agricole et agroalimentaire qui repose largement sur la polyculture-élevage. Certes, il faut à tout prix engager la réduction drastique de notre consommation de viande. Néanmoins, la pérennité d’un élevage français à haute valeur ajoutée pourrait s’appuyer en parallèle sur ces externalités positives, et amener les petites fermes extensives, aujourd’hui minoritaires, à devenir le modèle à suivre. 

Une industrie agroalimentaire moteur de la transformation de l’élevage 

Les industriels agroalimentaires ont un rôle majeur à jouer pour accompagner cette transition. Nombre d’exploitations françaises sont déjà sur un chemin vertueux, mais freinées par une trop faible rentabilité. Aux industriels de se mobiliser pour soutenir la pérennité des pratiques durables, en instaurant notamment des contrats à long-terme. À eux aussi de mobiliser les autres maillons – distributeurs et consommateurs – afin de rémunérer collectivement ces pratiques à leur juste valeur. 

Grâce aux partenariats de confiance établis, les industriels pourront relayer et amplifier les services environnementaux et sociaux fournis par cette agriculture plus régénérative et rémunératrice. A titre d’exemple, lénergie verte produite par les exploitations alimentera volontiers les sites de transformation. Promouvoir l’alimentation locale des troupeaux – soja français ou autres légumineuses – pourra offrir une traçabilité optimale, un impact carbone moindre et un retour de la valeur ajoutée sur les territoires. Enfin, pour plus de cohérence environnementale et sociale, l’industrie agroalimentaire a tout intérêt à évoluer vers des structures plus petites, flexibles et ancrées sur les territoires. En s’appuyant sur le modèle coopératif, elle pourrait fédérer les acteurs, mutualiser des outils à taille humaine, mieux maîtriser les pratiques, et surtout produire et vendre en local. 

Comme prérequis à tout ce travail d’accompagnement, les industriels agroalimentaires doivent revoir leur offre en profondeur. Demain, resteront-ils transformateurs de viande ou seront-ils des pourvoyeurs de protéines au sens large ? Le mix protéique végétal-animal peut certainement devenir la norme. Reste à s’assurer que la cohérence prime dans tous les cas, tant d’un point de vue environnemental, que sanitaire, social et nutritionnel. Quel impact réel si l’on participe à réduire la consommation de viande, en proposant des produits ultra-transformés et/ou à base de ressources végétales provenant d’outre-Atlantique ? Quel bilan si l’on continue à produire du fromage, tout en cessant de manger la viande de ces filières laitières ? Sur tous ces sujets, sensibiliser et informer les consommateurs est indispensable. 

Auprès de tous les acteurs, l’industrie agroalimentaire doit être moteur de cette transition vers un élevage à taille humaine, plus vertueux et plus respectueux de l’animal, la planète et l’être humain. 

 

*A noter : Nous avons choisi de centrer cet article sur les externalités (négatives et positives) de la consommation de viande en France, d’un point de vue environnemental et social. D’autres sujets qui entourent l’élevage ne sont donc pas abordés ici. C’est le cas du bien-être animal, qui doit pourtant impérativement être davantage pris en compte dans les pratiques, ainsi que de la place de l’animal dans notre bol alimentaire, qui mérite d’être débattue. 

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