Coupures d’électricité dans la distribution :
comment se préparer ?

Les distributeurs se mobilisent avec mérite pour réduire leurs consommations d’énergie. Toutefois, une transition énergétique globale et long-terme doit s’imposer dans le secteur pour être à la hauteur des enjeux environnementaux, économiques et géopolitiques

Personne tenant un panier plein de produits alimentaires dans une allée de supermarché

Pourquoi des coupures d’électricité cet hiver ?

Carrefour, E. Leclerc, Système U, Intermarché, Casino, Auchan… lundi 18 juillet, les grandes enseignes de la distribution alimentaire annonçaient une série de mesures pour réduire leurs consommations d’énergie. Une semaine plus tard, celles de la distribution spécialisée les rejoignent (Ikea, Fnac-Darty, Decathlon, etc.). Ces initiatives s’inscrivent dans le plan de sobriété énergétique lancé au niveau national. Le gouvernement demande à tous les acteurs – publics, privés, grandes entreprises comme particuliers – de contribuer à réduire notre appétit énergétique, afin d’affronter la crise de l’approvisionnement et l’envolée des prix.

Le gaz russe tarit en effet ses exportations vers l’Europe, et la France peine à reconstituer ses stocks. En parallèle, la moitié de nos réacteurs nucléaires sont à l’arrêt pour corrosion ou maintenance, et les échanges d’électricité sur le marché européen risquent de bloquer face à des difficultés généralisées. L’énergie vient donc à manquer, et la situation s’aggravera vraisemblablement cet hiver, avec des coupures à prévoir en électricité et en gaz. L’enjeu est donc double : il faut réduire collectivement la pression sur cet approvisionnement difficile, et anticiper les arrêts qui pourraient toucher alternativement certaines zones, pendant quelques heures.

Dans la distribution, les adhérents de l’association professionnelle Perifem consomment de la consommation énergétique française. Selon l’organisme, la facture électrique représentait 30 % du résultat net des enseignes avant l’envolée des prix. L’intérêt de réduire les coûts énergétiques est donc évident, au-delà de l’attente des parties prenantes que le secteur fasse sa part, comme tous les autres. Concernant les magasins alimentaires, le froid commercial est le principal poste de dépense énergétique, avec 50 % de la consommation en moyenne. Ce sera le point le plus critique lors des coupures, à anticiper avec un moindre chargement des meubles froids, ou des stocks de glace carbonique, afin d’éviter les pertes de marchandises. Pour la distribution non alimentaire, l’éclairage et le CVC (chauffage, ventilation, climatisation) représentent jusqu’à 80 % des dépenses.

Des actions simples et rapides pour la distribution

Les grands distributeurs ont défini des actions applicables dès le 15 octobre pour soulager le réseau, à savoir : baisser de 50 % l’intensité d’éclairage hors heures d’ouverture, décaler la production de glace, fermer les portes extérieures des magasins, ou encore couper ou diminuer le renouvellement d’air la nuit. Des mesures d’urgences seront ajoutées lors de menaces de coupures, comme la baisse de la température ambiante à 17°C ou la diminution de l’intensité d’éclairage de 30 % en présence de la clientèle.

La mobilisation rapide des enseignes est salutaire. Leur action sera d’autant plus simple que nombre d’entre elles sont déjà engagées dans des démarches d’efficacité énergétique. GreenFlex en accompagne plusieurs dans cette logique depuis des années. D’autres mesures sont d’ailleurs facilement accessibles, notamment l’optimisation des réglages froids des meubles frigorifiques, la gestion des allumages des fours de boulangerie, la mise en place d’équipements simples types thermostats, ou le suivi des dérives de consommations énergétiques. Néanmoins, au-delà de ces mesures de court-terme, il est indispensable d’adopter dès maintenant une vision d’ensemble de la gestion et du stockage de l’énergie, et de se projeter pour opérer une transition énergétique efficace.

Une transition énergétique globale et long-terme

Les efforts de sobriété énergétique risquent de s’imposer pendant deux ou trois années, plutôt qu’un hiver. Le gouvernement français attend une réduction des consommations énergétiques globales de 10 % en 2 ans. Le conflit en Ukraine pourrait malheureusement durer, et la production nucléaire ne devrait pas retrouver sa pleine capacité avant 2024 ou 2025. Les objectifs de long-terme et la nécessité de décarboner doivent également motiver à dépasser cette première marche de l’efficacité énergétique. Le décret tertiaire exige par exemple des distributeurs qu’ils baissent leurs consommations de 40 % d’ici 2030, 50 % en 2040, et 60 % à horizon 2050.

Ainsi, la vraie marche à franchir est celle de l’enclenchement d’une trajectoire d’efficacité énergétique et de décarbonation, en quatre étapes :

  • Connaître ses consommations : la digitalisation offre une vision complète et intelligente des consommations et factures énergétiques, pour identifier les magasins, horaires et postes de consommation sur lesquels travailler en priorité. Pour soulager le réseau et éventuellement réduire sa facture énergétique grâce aux tarifs heures pleines/creuses, les algorithmes permettent aussi d’étaler les consommations dans la journée et d’éviter les pics.
  • Revoir les et piloter : le management de l’énergie vise à réduire les consommations en travaillant sur les usages et en pilotant les équipements. Avec un plan de progrès cohérent sur l’existant, nos clients parviennent généralement à des économies d’énergie de 15 à 20 % sans investissement.
  • Investir : en ajoutant le remplacement d’équipements ou des travaux de rénovation, par exemple sur le froid commercial ou l’éclairage, nos clients atteignent facilement 32 % d’économies d’énergie. Les contrats de performance énergétique (CPE) permettent d’engager ces actions plus ambitieuses sans toucher au CAPEX.
  • Aller plus loin : mettre en place des panneaux photovoltaïques en toitures ou en ombrières sur les parkings, et associés à des bornes de recharge, doit répondre à une réflexion d’ensemble. Pour garantir la réduction de l’impact et éviter les effets rebonds, il faut un juste dimensionnement et une articulation pertinente avec le reste des consommations. La logique est la même pour le stockage et la flexibilité énergétique. En s’appuyant sur des algorithmes, on peut stocker le surplus d’électricité produit par les panneaux solaires dans des batteries, et/ou soutirer plus d’énergie du réseau la nuit lorsque la demande est faible, afin de la restituer sur des créneaux où il est opportun de s’effacer du réseau.

Les enseignes se mobilisent aujourd’hui avec mérite pour des économies d’énergie à court-terme. Toutefois, il est au moins aussi urgent d’entamer une transformation plus globale. C’est une nécessité financière, environnementale, et une question de pérennité pour les entreprises. Les mesures les plus évidentes atteindront vite leurs limites. Il faut agir et investir dès maintenant, pour économiser plus tard.