Changement climatique, quelles stratégies d’adaptation pour les acteurs économiques ? 

Les derniers travaux scientifiques estiment que le seuil de + 1,5°C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle a de grandes chances d’être dépassé d’ici 2030. La mobilisation de tous les acteurs est indispensable pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et atténuer ce dérèglement. Toutefois, les conséquences du changement climatique sont déjà présentes, rendant l’adaptation indispensable dès maintenant, aussi bien pour les gouvernements, les entreprises, que les collectivités. 

Adaptation au changement climatique : définition

L’adaptation au changement climatique est le processus visant à ajuster nos sociétés, infrastructures et comportements en réponse aux conditions climatiques actuelles ou attendues, ainsi qu’à leurs conséquences. Le GIEC définit cette démarche comme un ensemble d’actions destinées à renforcer la résilience des populations, des infrastructures et des écosystèmes face aux impacts du réchauffement climatique. Elle implique d’anticiper les changements climatiques à venir et de mettre en place des mesures appropriées pour s’y adapter. 

Adaptation et atténuation, quelle différence ? 

L’adaptation et l’atténuation sont deux piliers complémentaires qui s’appliquent à des niveaux différents dans la lutte contre le changement climatique :  

  • L’atténuation vise à agir sur les causes, pour limiter le réchauffement climatique et ses effets. Elle repose sur deux grands types d’actions : réduire les émissions de gaz à effet de serre et augmenter le stockage du carbone grâce à des méthodes de décarbonation/décarbonisation. La Stratégie Nationale Bas Carbone, fixée par l’État français, par exemple, liste des mesures d’atténuation.
  • L’adaptation se concentre sur la gestion des impacts déjà présents ou inévitables du changement climatique. Elle consiste à s’ajuster au climat actuel ou à venir, et à ses conséquences, par exemple pour faire face aux risques naturels accrus tels que les inondations, l’érosion côtière, les canicules et les sécheresses. En France, le Plan National d’Adaptation au Changement Climatique fixe les efforts d’adaptation à réaliser pour les 5 années à venir.

Toute solution d’atténuation doit être analysée à travers le prisme de l’adaptation. Il est essentiel d’anticiper les effets de chaque solution d’atténuation avant sa mise en œuvre, en vérifiant sa résilience face aux évolutions climatiques sur les court, moyen et long termes. Face aux conditions parfois imprévisibles qu’engendre le changement climatique, il est nécessaire d’écarter les solutions qui pourraient rapidement devenir obsolètes ou inefficaces.  

Comment s’adapter au changement climatique ? 

On distingue trois types d’adaptation :  

  • Adaptation autonome ou spontanée : réactions directes à un événement climatique, n’ayant pas fait l’objet de planification préalable. 
  • Adaptation incrémentale : ajustements progressifs, qui maintiennent un système existant, sans le changer fondamentalement. 
  • Adaptation transformationnelle : changements radicaux, qui modifient les fondements d’un système pour s’adapter aux nouvelles conditions climatiques. 

La mal-adaptation désigne quant à elle les changements intégrés dans les systèmes naturels ou humains qui augmentent notre vulnérabilité au lieu de la réduire. Par exemple : 

  • Aggravation du réchauffement climatique : le recours à la climatisation augmente la consommation énergétique, rejette de la chaleur et utilise des fluides frigorigènes. Mieux vaut investir dans l’isolation des bâtiments. 
  • Augmentation des risques d’exposition : construire une digue face aux inondations et aux submersions marines est une solution coûteuse et temporaire, qui donne un faux sentiment de protection (potentielles pertes humaines et économiques plus importantes). Mieux vaut relocaliser les constructions et activités.  

Pour minimiser le risque de mal-adaptation, il est conseillé de privilégier des stratégies dites « sans regret », c’est-à-dire qui réduisent la vulnérabilité au changement climatique quel que soit le scénario climatique. 

Le Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC)

En France, le Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC) vise à coordonner les efforts d’adaptation face aux impacts du changement climatique. 

Le premier PNACC, en vigueur de 2011 à 2015, visait à intégrer l’adaptation dans tous les secteurs d’activité. Il comprenait 20 « fiches-action » couvrant des domaines tels que la santé, l’eau, la biodiversité, les risques naturels, l’agriculture, la forêt, la pêche et l’aquaculture, l’énergie et l’industrie, les infrastructures de transport, l’urbanisme, le tourisme, l’information, la formation, la recherche, le financement et l’assurance, le littoral, la montagne, les actions européennes et internationales, ainsi que la gouvernance. 

De 2018 à 2022, le deuxième PNACC a poursuivi cet effort en réponse à l’Accord de Paris. Ce plan visait à adapter efficacement la France à un climat avec une augmentation de température de +1,5 à 2°C d’ici le milieu du XXIe siècle. Structuré autour de six axes principaux, il visait à améliorer la gouvernance et le pilotage, renforcer les connaissances et la sensibilisation du public, protéger les personnes et les biens, promouvoir des solutions basées sur la nature, préparer les secteurs économiques aux impacts climatiques, et renforcer l’action internationale. 

Le troisième PNACC, actuellement en préparation, s’appuie sur la Trajectoire de Réchauffement de Référence pour l’Adaptation au Changement Climatique (TRACC). Ce plan anticipe des hausses de température de +1,5°C d’ici 2030, +2°C d’ici 2050 et +4°C d’ici 2100 par rapport à l’ère préindustrielle. Il inclura des mesures pour : 

  • les secteurs tels que la santé, l’économie, l’agriculture, 
  • la continuité des infrastructures et des services essentiels,  
  • la protection des milieux naturels, avec une attention particulière aux populations les plus vulnérables. 

L’objectif du PNACC-3 est de renforcer la résilience de la France face aux défis climatiques à venir, en veillant à ce que les actions entreprises soient adaptées aux projections climatiques et contribuent à une société plus durable.

PNACC

Comment les entreprises peuvent-elles s’adapter ? 

Pour faire face au changement climatique, les entreprises doivent adopter une approche structurée et proactive. Voici les 6 étapes pour s’adapter efficacement : 

  1. Faire un diagnostic : la première étape consiste à identifier et cartographier les vulnérabilités de l’entreprise face au changement climatique telles que la sécheresse, les risques de feux de forêt, les glissements de terrain… et leurs impacts (risques de rupture d’approvisionnement, aléas sur les infrastructures, diminution de la productivité humaine, etc.).  
  2. Évaluer et prioriser : analyser les types de risques les plus importants en les croisant avec les métiers de l’entreprise et ses différents sites permet de déterminer quelles zones et quelles activités sont les plus vulnérables et nécessitent une attention prioritaire. 
  3. Décider d’un plan d’actions : sur la base des évaluations de risques, l’entreprise doit élaborer un plan d’actions pour atténuer les impacts des risques identifiés et renforcer la résilience de l’entreprise. Elle doit y associer l’ensemble de ses parties prenantes (fournisseurs, partenaires logistiques, réseaux d’acteurs, etc.). L’adaptation doit se faire collectivement, construire des solutions ensemble permet de mobiliser les ressources nécessaires et d’assurer une adaptation cohérente et ambitieuse. 
  4. Mettre en œuvre les actions : le plan d’actions doit être accompagné d’un budget et de référents, afin d’assurer un déploiement efficace. 
  5. Faire un suivi régulier : une fois le plan d’actions en place, le suivi d’indicateurs permet de mesurer les progrès, d’identifier les nouvelles vulnérabilités et d’ajuster les stratégies en fonction des évolutions climatiques et des retours d’expérience. 
  6. Relier sa démarche d’adaptation à sa stratégie globale : une vision d’ensemble est indispensable, afin de coordonner et de vérifier la compatibilité des actions d’atténuation et d’adaptation. Cela assurera la résilience de la stratégie d’adaptation face aux évolutions très rapides des conditions climatiques. Pour garantir cette pérennité et profiter d’éventuels co-bénéfices, il est essentiel de tenir compte également des autres enjeux environnementaux et sociaux (biodiversité, santé, justice sociale…).  

Quelques exemples de stratégies d’adaptation

En France, plusieurs organisations ont déjà entamé des démarches d’adaptation pour faire face aux défis du changement climatique. Parmi celles-ci, on trouve :  

  • La SNCF : principal opérateur ferroviaire en France, elle a été sollicitée par l’ADEME pour tester la méthode ACT (Assessing low Carbon Transition) Adaptation, afin de structurer sa réponse au changement climatique. Le groupe a ainsi développé une stratégie d’adaptation qui inclut l’évaluation régulière des risques climatiques sur ses infrastructures et des mesures préventives pour assurer la continuité de ses services. La SNCF a également mis en place une gouvernance solide avec la création d’une direction dédiée à la résilience climatique. Parmi les actions déployées, la SNCF a investi dans des systèmes de surveillance avancés pour anticiper et gérer les impacts des événements climatiques extrêmes sur son réseau​​. 
  • Michelin : le groupe a élaboré un cadre d’évaluation de la vulnérabilité climatique de ses activités, permettant d’identifier les risques. En hiérarchisant les actions à entreprendre, Michelin peut mieux cibler ses efforts pour renforcer la résilience de ses opérations et de sa chaîne d’approvisionnement, tout en s’alignant sur ses engagements de développement durable. L’entreprise a par exemple choisi de se doter d’un indicateur qui prend en compte les risques de tension hydrique pour orienter ses décisions d’investissement. Les projets sont désormais envisagés en prenant en compte un tarif de 5 euros le mètre cube, multiplié par un coefficient de stress hydrique propre à chacune des zones d’activité. Michelin investit aussi dans la recherche et le développement pour créer des matériaux innovants capables de résister aux conditions climatiques extrêmes​​ 
  • Le Groupe La Poste : l’acteur majeur du service postal et financier s’engage depuis 2019 dans une démarche de planification pour l’adaptation au changement climatique, intégrant la thématique au sein de ses différentes branches d’activités. En 2023, La Poste a entrepris une étude d’exposition aux risques climatiques de ses sites, couvrant différents horizons temporels (actuel, 2030 et 2050) et basée sur des scénarios du GIEC, afin de tester et d’affiner les mesures d’adaptation spécifiques à chaque contexte local. Cette approche prend en compte les fournisseurs, la logistique, les vulnérabilités des services et des clients, ainsi que les dynamiques et interconnexions territoriales. La Poste vise à créer des synergies positives avec les territoires et à renforcer la résilience globale de son réseau de services. Grâce à cette étude, elle peut prioriser les risques et définir des plans d’action adaptés aux spécificités de chaque branche d’activité. 

Comment adapter le secteur agroalimentaire au changement climatique ? 

L’agriculture est l’un des secteurs les plus directement impactés par le changement climatique. Les impacts du changement climatique sur l’agriculture sont déjà visibles et se manifestent à travers plusieurs facteurs. La hausse des températures moyennes influence directement les rendements des cultures et la productivité animale. L’augmentation de la concentration en CO dans l’atmosphère modifie les cycles de croissance des plantes et la qualité des récoltes. De plus, la variabilité accrue des précipitations affecte la disponibilité de l’eau, entraînant des périodes de sécheresse ou d’inondation qui perturbent les cycles agricoles. 

Afin de répondre efficacement à ces enjeux, il est essentiel pour les professionnels du secteur agroalimentaire de mettre en place des stratégies d’adaptation tout au long de la chaîne de valeur, et en impliquant les acteurs à tous niveaux : exploitations, industriels, territoires…  

Quelques exemples d’actions en amont : 

  • Favoriser des variétés adaptées au réchauffement climatique, en intégrant des critères spécifiques dans les cahiers des charges matières premières ; 
  • Adopter de nouveaux systèmes de production comme l’agriculture régénérative ou l’agroforesterie pour une résilience accrue ; 
  • Orienter les achats de matières premières vers des ingrédients issus de pratiques agricoles résilientes, en assumant le surcoût associé ; 
  • Contribuer à des projets de régénération des cycles de l’eau sur les sites et la chaîne de valeur, incluant la couverture systématique des sols, la réintroduction d’arbres et la désimperméabilisation des surfaces artificialisées ; 
  • Restaurer les zones humides dégradées et soutenir des projets de réaménagement pour optimiser les flux d’eau et augmenter la résilience hydrique. 

Et à entreprendre au sein de la filière : 

  • Repenser les flux logistiques pour limiter les risques de rupture d’activité lors d’événements extrêmes ; 
  • Développer des groupes de partage d’expériences pour mutualiser les bonnes pratiques et éviter la maladaptation, en collaboration avec des institutionnels et des acteurs privés ; 
  • Initier ou rejoindre des démarches collectives de filière pour valoriser et restaurer la santé des sols, en participant à des groupes de travail locaux ou créant de nouveaux groupes ; 
  • Faire reconnaître la valeur d’un « capital sol en bonne santé » dans la transmission des fermes pour favoriser les investissements dans des pratiques durables. 

En résumé 

L’adaptation au changement climatique est indispensable pour faire face aux impacts inévitables du réchauffement global. Il est crucial pour les entreprises de collaborer non seulement au sein de leur propre secteur, mais aussi avec d’autres industries et parties prenantes, pour développer des stratégies cohérentes et durables. En France, le PNACC doit jouer un rôle central en coordonnant les efforts d’adaptation, et les entreprises devront s’appuyer sur les directions données par ce plan national pour agir. À travers des actions concertées, nous pouvons renforcer notre résilience face aux défis climatiques.