RE2020 : des ambitions environnementales qui complètent les ambitions thermiques

Loïc Galois, GreenFlex



par Loïc Galois, Chef de Projet Efficacité Énergétique, GreenFlex

Bien que retardée par la crise sanitaire, la RE2020 introduira le critère “gaz à effet de serre” sur l’ensemble du cycle de vie des constructions neuves, et rehaussera l’ambition en matière de performance énergétique.

Une nouvelle réglementation qui peine à voir le jour

L’actuelle réglementation thermique (RT2012), encadrant les conditions de construction des bâtiments neufs, sera prochainement remplacée par la réglementation environnementale 2020 (plus couramment appelée RE2020). Initialement prévue pour le 1er janvier 2021, l’entrée en vigueur a été décalée à l’été 2021, en raison de la crise sanitaire. Le ministère de la Transition écologique a détaillé cette semaine les axes majeurs du futur texte réglementaire, qui sera mis en consultation en décembre et publié à la fin du premier trimestre 2021. Cette réglementation découle de la loi “Évolution du Logement, de l’Aménagement et du Numérique” (ELAN).

A travers la RE2020, le gouvernement souhaite répondre à trois ambitions majeures pour les bâtiments neufs :

• Poursuivre la baisse des consommations énergétiques ;
• Introduire la diminution des émissions de carbone des futures constructions (matériaux et consommations) ;
Garantir la fraîcheur face aux épisodes caniculaires de plus en plus fréquents.

Pensée pour être applicable sur le long terme, la réglementation sera renforcée au fur et à mesure des années. Des jalons en 2024, 2027 et 2030 ont notamment été évoqués par l’État pour accroître les exigences. La RE2020 doit également permettre de poser les bases d’un futur label, pour les acteurs désireux d’atteindre des performances au-delà de celles fixées par les textes.

Prendre en compte l’impact carbone sur tout le cycle de vie

La principale évolution qui justifie le caractère “environnemental” de cette réglementation est l’introduction de l’impact carbone du bâtiment et son calcul sur la globalité du cycle de vie (construction, exploitation et fin de vie).

Depuis la première réglementation thermique en 1974, les textes successifs considéraient principalement les performances thermiques du bâtiment, dans le but de réduire les consommations énergétiques des ouvrages. À l’échelle nationale, ces dernières représentent 25 % des émissions de GES. Néanmoins, selon l’association BBCA, la phase d’exploitation constitue 40 % de l’empreinte carbone d’une construction neuve, tandis que sa construction en représente 60 %. Prendre en compte les émissions liées aux matériaux et à la construction est d’autant plus justifié que les bâtiments sont de moins en moins gourmands en énergie en phase d’exploitation.

En intégrant le bilan carbone au calcul réglementaire, et ce tout au long du cycle de vie des bâtiments, la RE2020 s’adapte aux enjeux actuels et donne suite à l’Accord de Paris, signé en 2015 pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). L’objectif est double :

• Réduire l’impact des produits de construction, en orientant les décideurs vers des matériaux durables émettant moins de CO2. Planchers et façades en bois, isolants biosourcés, réemploi et matériaux recyclés sont quelques exemples de solutions qui peuvent être envisagées.
• Réduire les émissions liées aux consommations, en favorisant des énergies faiblement émettrices comme l’électricité, au détriment des énergies thermiques combustibles conventionnelles.

Pour concevoir cette nouvelle réglementation, l’État s’appuie notamment sur les résultats de l’expérimentation du label E+C-, lancée en 2017. Le cahier des charges de ce label préfigure la réglementation à venir. Son application permet aux maîtres d’ouvrages volontaires d’évaluer la performance des projets sur les aspects énergétiques et émissions de carbone, puis d’encourager le développement de solutions techniques vertueuses au regard de ces critères.

Une baisse plus ambitieuse des consommations énergétiques

Le secteur du bâtiment résidentiel et tertiaire est le plus gros consommateur d’énergie finale à l’échelle nationale (45 % des consommations), devant les transports (32 %), l’industrie (20 %) et l’agriculture (3 %). Malgré les réglementations de plus en plus ambitieuses qui voient le jour, cette part du secteur bâtiment est relativement stable depuis une vingtaine d’années. La réglementation à venir entend poursuivre l’effort portant sur la réduction de ces niveaux de consommation.

Si les seuils précis de la future RE2020 ne sont pas encore parus, l’objectif sera de diminuer significativement les consommations des futurs bâtiments. Pour atteindre cette performance, les maîtres d’ouvrage devront réduire au minimum les besoins énergétiques, en mettant en œuvre des matériaux isolants performants pour limiter les déperditions, tout en jouant sur les aspects bioclimatiques du bâti (par exemple, favoriser les surfaces vitrées au sud pour bénéficier d’apports solaires). Les besoins restants devront être optimisés, grâce à des équipements techniques performants et une bonne gestion du fonctionnement. En complément, le recours à une énergie renouvelable ou de récupération sera indispensable (panneaux solaires, récupération de chaleur…).

La consommation réelle devra être suivie et gérée

La notion de Consommation d’énergie primaire (Cep) telle que définie dans les réglementations en vigueur sera vraisemblablement conservée pour évaluer la consommation du projet (kWhEP/m².an). Exclusivement théorique, ces simulations devront être confrontées aux consommations réellement constatées sur les projets livrés. En effet, ce coefficient n’intègre que les postes énergétiques réglementaires directement liés à la conception du bâtiment (chauffage, climatisation, ECS, éclairage et les auxiliaires). Il ne tient donc pas compte des autres postes consommateurs (cuisine, ascenseurs, bureautique…).

Évalué par le bilan BEPOS dans l’expérimentation E+C-, le bilan exhaustif des consommations devrait disparaître de la future RE2020 pour ne laisser place qu’à la Cep. Des simulations énergétiques complémentaires pourront être réalisées par les maîtres d’ouvrage désireux d’évaluer plus finement la consommation énergétique de leur projet.

Ainsi, une bonne prise en main des nouveaux bâtiments par les parties prenantes (propriétaires, locataires, exploitants…) couplée à un suivi régulier des consommations restera nécessaire, afin d’atteindre les performances promises par la future RE2020 et garantir la pérennité énergétique des projets.

X