De la catastrophe de Courrières au COVID-19 : une mobilisation collective nécessaire pour un changement durable de société

Emeline Regnault, GreenFlex


par Emeline Regnault
Consultante Energie, Ressources et Territoires, GreenFlex

Notre série “Les rebonds” vous replonge dans les crises passées qui ont marqué le monde, afin d’en tirer des enseignements pour imaginer l’après COVID-19.

La deuxième plus grande catastrophe minière

Le 10 mars 1906, la deuxième plus grande catastrophe minière de tous les temps secoue le Nord-Pas-De-Calais. L’incident ravage 110 km de galeries et emporte 1 099 mineurs sur les 1 600 descendus dans la mine de charbon ce matin-là. Malgré le chaos ambiant, de nombreux sauvetages sont organisés et l’aide afflue des pays voisins. Cependant, les recherches de survivants sont stoppées au bout de trois jours. On bloque les feux, mure la mine et inverse les flux d’air pour limiter la propagation et sauver les installations. Dès le 14 mars, la grève du bassin minier commence. Elle s’amplifie lorsque treize mineurs réussissent à sortir du puits par leurs propres moyens, après vingt jours d’errance dans le noir. Un quatorzième remontera quatre jours plus tard. Le mouvement social débouchera sur la loi du 13 juillet 1906, instaurant le repos dominical en France, puis participera quelques mois plus tard à la création du ministère du travail, voué à encadrer ce dernier.

De nombreux acteurs mobilisés pour faire évoluer le secteur minier

C’est grâce à une mobilisation forte de la société civile que l’incident a marqué l’histoire. Au moment de la catastrophe, on perçoit le travail minier comme nécessaire à l’économie, et la mortalité au travail comme une fatalité. L’événement est donc plutôt considéré comme exceptionnel et indépendant des conditions de travail. Pourtant, on observe une première volonté de changement de la part des citoyens. La presse relaie massivement l’épisode en appelant à la solidarité, en enquêtant et informant sur les actions menées. Plus globalement, de nombreuses parties prenantes se mobilisent face à cette crise : syndicats, ingénieurs, responsables de l’entreprise, personnalités politiques, partenaires étrangers, sauveteurs de différentes nationalités… Malgré ce fort mouvement social, la justice ne donne pas suite aux différentes demandes. En revanche, la mobilisation permet d’initier un tournant dans les mentalités et la société, qui aboutira après l’accident minier de Liévin, en 1974. Les discours officiels changeront alors véritablement pour intégrer la notion de responsabilité au travail.

COVID-19 : l’action collective pour un changement durable

Au cœur de la crise sanitaire que nous traversons, de plus en plus d’acteurs réclament aussi du changement. Déséquilibres de la biodiversité, interdépendance des chaînes d’approvisionnement, conditions des travailleurs de l’ombre, limites de notre hypermobilité… le COVID-19 a exacerbé de nombreux enjeux environnementaux et sociaux qui exigent un modèle plus durable et résilient, aussi bien pour les hommes, que les écosystèmes et les structures de notre société. A nouveau, la mobilisation collective sera clé pour initier ces transformations. En tant que consomm’acteurs, les citoyens peuvent indiquer le monde qu’ils souhaitent voir émerger de cette crise et participer à sa pérennisation. L’engagement des entreprises et de leurs salariés peut avoir des impacts positifs sur des filières et chaînes de production entières. Les collectivités locales peuvent agir sur les politiques de transport et la préservation de la biodiversité sur leur territoire. Les médias doivent alerter toujours davantage sur les risques encourus dans la société actuelle, et informer sur les alternatives possibles. Les associations et ONG, qui ont largement fait leur place entre-temps, doivent poursuivre leur rôle de contre-pouvoir et donner un cadre à la mobilisation via des actions communes, comme les marches pour le climat ces deux dernières années. Nous ayant fait vivre le premier confinement depuis la guerre, la crise sanitaire actuelle est inédite à bien des égards. Elle doit servir d’opportunité pour poser les bases d’un changement structurel et non conjoncturel, en s’appuyant sur la mobilisation et la coopération de toutes les parties prenantes, et afin d’éviter de nouvelles catastrophes, plus importantes encore.
X