Faire de France Relance le premier palier d’un changement de trajectoire

Sébastien Delpont, GreenFlex Sébastien Delpont, Directeur conseil GreenFlex

 

Pour que le plan de relance soit efficace en matière de transition écologique, il faut qu’État, collectivités et entreprises dépassent l’horizon des deux ans et inscrivent leurs projets dans une trajectoire claire et assumée à long-terme. 

Besoin de clarifier la vision long-terme

Le plan de relance, présenté par Jean Castex début septembre, coche plusieurs bonnes cases en ce qui concerne la transition écologique. Pour garantir son efficacité, il est essentiel de ne pas trop saupoudrer les aides et donc de les réserver aux projets qui répondront à des critères d’éco-conditionnalité radicaux. Surtout, si l’on veut faire mieux que relancer le PIB sur les deux prochaines années, l’État a tout intérêt à définir ces conditions selon une vision claire et assumée de la trajectoire écologique sur laquelle il souhaite mener notre pays.  

L’allocation des 100 milliards entre les différentes filières indique en creux des directions souhaitées à plus long-terme, mais sans oser l’énoncer précisément et en expliquer le pourquoi. Il n’est pas trop tard pour renforcer les critères d’éco-conditionnalité ; pas trop tard non plus pour assumer ces choix d’avenir et les décrypter. 

Quel futur décarboné pour chaque secteur d’activité ?

Le plan de relance fait la part belle à l’hydrogène, n’encourage en tant que tel ni le biogaz, ni le solaire, et marque un soutien assez anecdotique au nucléaire, mais que cela dit-il de la vision globale du gouvernement pour notre futur énergétique ? Certains de nos voisins, comme les Pays Bas, le Danemark ou l’Allemagne, ont donné des orientations tranchées. En France aussi, nous avons besoin de plus de clarté pour offrir le cadre de stabilité nécessaire à la structuration de filières. De même, les différents budgets alloués à l’avion, la voiture, le train et le vélo donnent en creux une idée des pans prioritaires en matière de transports, mais que cela reflète-t-il de notre vision globale pour la mobilité de demain ?  

Si des directions claires ont été choisies, reste à les assumer et les communiquer sans détour. Pour ce qui doit être tranché, lançons le débat démocratique nécessaire. Notre pays gagnerait par exemple à expliciter le cadre de la Stratégie Nationale Bas Carbone, et à le soumettre à une discussion politique et citoyenne. Cela créerait du consensus, de l’acceptation sociétale, et donnerait de la visibilité aux acteurs économiques. Il faut ainsi que l’Etat donne assez vite le “la” de ce qu’il propose de retenir parmi les propositions de la Convention citoyenne 

Notre itinéraire à plus long-terme permettra de faire les bons choix aujourd’hui, en réorientant les investissements et les compétences vers les bonnes filières. Comment soutenir la formation, sans savoir si nous aurons plutôt besoin de 2 fois plus ou 2 fois moins de mains pour démanteler des centrales nucléaires, bâtir des pistes cyclables, réaliser des rénovations industrielles zéro énergie, ou déployer des boucles énergétiques locales ?  

Entreprises et collectivités : s’inscrire aussi dans une trajectoire ambitieuse

Sans attendre la finalisation de ce cadre national mais en y contribuant proactivement, collectivités et entreprises peuvent et doivent chacune définir leur trajectoire régénérative avec des ambitions nettes. Les difficultés de la crise économique naissante incitent à ne s’en tenir qu’au très court-terme. Pourtant, il est plus urgent que jamais qu’elles organisent leur transition vers le zéro carbone, zéro énergie ou zéro déchet. Une fois ces stratégies identifiées, elles pourront recenser des projets concrets, vertueux, et activables dans les deux ans pour avancer grâce au plan de relance et en mobilisant les solutions techniques et financières qui existent déjà. Entreprises et collectivités auront besoin de s’entourer de multi-experts pour un décryptage adapté de ces différents mécanismes, puis d’accompagnement pour une mise en œuvre efficace.  

Les acteurs économiques et territoires champions de demain seront ceux qui auront su radicaliser au plus tôt l’industrialisation de leurs activités vers une trajectoire bas carbone. Passons du mou et flou au clair et vert. Faisons de “France Relance” le premier palier de la transformation de notre pays et de notre continent. 

X